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03/10/2008

Pigiste veut définitivement dire pigeon

journaliste.jpgLes associations journalistiques montent au front pour que les innombrables pigistes que compte la profession de journaliste ne soient pas plumés. Mais que ce soit en Belgique ou Canada, à Vancouver du moins – ville anglophone – être pigiste francophone veut tout simplement dire être pigeon.


Quoique! Tout est relatif et il convient de nuancer la situation. Tout dépendra de ce que l'on attend de ce statut qui va de pair avec celui d’indépendant, et d’une éventuelle publication. Car, les journaux francophones vancouvérois donnent le ton dès le départ. "Nous sommes intéressés par ta plume, mais sache que, vu notre financement, ce sera un travail bénévole." Et quand t'es payé, il ne faut surtout pas se bercer d’illusion. La pige est rémunérée, peu importe la longueur de l'article, 50 dollars canadiens. Bien évidemment, par l'amour du métier et avant tout par l'envie de se frayer un petit chemin dans le milieu, tu acceptes… la gorge serrée.

Dans de telles conditions, peut-on dire que le pigiste est pigeon? A partir du moment où les clauses sont bien énoncées et que le journaliste les accepte, il est le seul à se plumer. Toutefois, la question qui brûle toutes les lèvres est de savoir « pourquoi consacrer des heures à un article pour un salaire aussi misérable? » L’interrogation est entièrement justifiée mais il est temps, à mon sens, que les gens, pigistes y compris, saisissent une fois pour toutes que ce ne sont plus les raisons pécuniaires qui doivent animer un journaliste. Les cas font légion. Ce n'est pas en exerçant le journalisme que l'on devient crésus. Et cette réalité est universelle, sans frontières. On décide ou s'acharne à faire ce métier par passion, contre vents et marrées. La passion n'a pas de prix, elle est animée par une ferveur inexplicable, insaisissable. Le jeune diplômé qui décide de s’engager sur cette voie le fait en connaissance de cause. Alors, pourquoi se soucier du sort de son portefeuille…

D’accord, mais pourquoi continuer à associer pigiste à pigeon? Parce qu'en comparaison à d'autres métiers, bien que pas très lucratifs, le pigiste semble malgré tout exploité. Une exploitation dont les éditeurs sont conscients, et en usent sans vergogne. La passion n'explique pas tout et ne doit pas tout cautionner. Nous vivons dans une société capitaliste, que l'on veuille ou non, l'argent est le moteur des civilisations contemporaines. Et si l'on souhaite se créer une place confortable, se construire un quotidien épanouissant, seul un compte en banque suffisamment garni nous le permettra. Difficile pourtant d’y parvenir lorsqu’on gagne encore moins qu’une aide sociale. De surcroît, comme le dit l’adage, tout travail mérite salaire. Et quel travail !

Cette réalité que je dénonce, ou plutôt que j’expose, est la mienne. J’ai choisi d’être plumée en quelque sorte, mais pas de devenir pigeonne. Bien que j’apprécie de roucouler dans certaines circonstances, je ne compte pas en faire mon cri. Je me suis simplement rendu à l’évidence. La balance a penché mais je reste maîtresse de ma vie. Je veux écrire et souhaite que ce que ma plume pond soit publié. N’étant pas parfaitement bilingue, c’est la seule solution qui s’offre à moi dans l’immédiat. Soit j’adhère au système, soit je m’en écarte, dès lors je ne connaîtrais pas d’aussitôt le bonheur et la satisfaction qu’une jeune journaliste ressent en voyant son article édité. J’ai déjà éprouvé ce sentiment et je veux pouvoir le ressentir encore, car il me procure une fierté inestimable. Alors, oui, je suis plumée mais pas pigeonne pour autant car ma voix porte plus fort qu’un roucoulement.

Noémie Moukanda

02:15 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Vous avez entièrement raison !
J'ai moi-même connu à Bruxelles cette situation et j'ai "tenu" pendant 2 ans avec un salaire misérable mais je me disais que j'avais "la chance" de pouvoir écrire et me réaliser pleinement.
Depuis, je me suis lancé dans le commerce et je me suis pleinement réalisé... financièrement !
Et je continue à collaborer ( à titre gracieux ) avec quelques publications, juste pour le plaisir d'écrire et être publié.
Moralité : on ne saurait tout accepter sous prétexte de se réaliser !

Écrit par : frank | 03/10/2008

Les commentaires sont fermés.