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09/04/2009

Au coeur du Downtown Eastside

Vancouver, 4e ville du monde où il fait bon vivre, mais tout dépend pour qui...

IMG_1583.JPG2e, puis 3e et maintenant 4e, Vancouver a quitté le podium des villes qui offrent la meilleure qualité de vie. Rien d'étonnant lorsqu'on visite les recoins de cette métropole qui fait pourtant rêver. Comme toutes les villes, Vancouver a sa face cachée, et elle la dissimule bien au monde. Sans-abri, toxicomanes, alcooliques, malades mentaux... et tous livrés aux lois de la érance, déambulant, farfouillant les poubelles, squattant les rues, les ruelles sombres du Downtown Eastside.

Mais qu'est-ce qui n'est pas sombre dans ce coin de la ville? Que s'est-il passé pour que ce quartier figure parmi les endroits à éviter de Vancouver, voire de tout le Canada ? Au point que les sites touristiques mettent les visiteurs en garde...


La première fois que je me suis retrouvée dans Hastings, une des artères de ce quartier, c'était par erreur. Et pourtant, moi aussi j'avais été mise en garde. "Tu peux visiter tout ce que tu veux, mais ne va pas à Hastings!" C'était un dimanche midi. Effectivement, je me suis demandé où j'étais, pourquoi tous ces gens se droguaient aussi ouvertement, et poussaient ces charrettes remplies de bouteilles en plastique. Inquiète, je me suis adressée aux policiers qui se trouvaient là. Difficile de camoufler son malaise dans pareille circonstance! Alors, je me suis fait escorter par les deux agents, évitant donc de vivre cette réalité. Malgré cette expérience, il semble que j'étais loin de la réalité. Je n'avais fait que l'effleurer.

Vancouver, le 17 octobre 2008, j'ai décidé, accompagnée d'un travailleur social, de connaître le trou noir vancouvérois, de palper la réalité et d'ouvrir grand mes yeux sur cette tare que le gouvernement essaie d'occulter tant bien que mal. Seule, je ne l'aurais pas fait. Certes je suis curieuse, mais pas inconsciente pour autant. (D'accord, parfois, mais seulement lorsque je suis certaine de ne courir aucun danger!) A chaque pas, je me demandais comment une ville où il fait si bon vivre peut renfermer tant de misère. Comment ce ghetto de la pire espère a-t-il pu se construire? Sans laisser transparaître ma peur, je marchais, écoutais, observais, photographiais - prudemment - me confrontais à ce que Vancouver rejette, tente de bannir en déplaçant le problème sans réellement le résoudre.

IMG_1512.JPGQuiconque se retrouve dans les rues du Downtown Eastside s'interroge. Impossible de faire un block sans voir la misère, sentir le désespoir. A croire que les ténèbres ont élu domicile dans ce quartier. La grisaille et la pluie de ce vendredi-là n'ont pas aidé à percevoir une lueur. Mendier, fumer, être à la merci des drogues, des gens, du climat, du destin, bref de tout, tel est le sort de ces dizaines de milliers de gens.

Mais voilà, le gouvernement dit trouver des solutions... Sont-elles appropriées, adaptées à ces âmes perdues? Parce que délocaliser ce gigantesque ghetto à l'approche des Jeux Olympiques, ou jeter ces rebuts de la société en prison, on en revient à se demander à qui on rend service, qui on aide avec une telle politique...

Les pauvres dehors, et bienvenue aux riches!

Certes, certains recommandent au non-averti d'éviter de déambuler dans les ruelles du DTES, cependant, ce même quartier connaît depuis l'annonce de Vancouver en tant que ville organisatrice des JO un tout autre phénomène. On observe, on vit un embourgeoisement de plusieurs tronçons, au détriment de la population locale. A une rue du centre d'injection Insite, des boutiques chics ont pris place, des restaurants luxueux remplissent vos estomacs affamés.

IMG_1467.JPGLe nettoyage du Downtown Eastside est en route. D'aucuns qui aimeraient voir Vancouver briller de l'ouest en est se ravissent de voir fleurir des immeubles flambants neufs, signés par des architectes de renom. Par contre, les locataires, tant des bâtiments insalubres que des trottoirs, ainsi que les associations montent au créneau. Car, c'est bien beau de redorer son blason, mais se préoccuper du sort de tous les concernés, c'est tout aussi louable. Ce ne sont pas des bêtes sauvages qu'il faut mettre en cage qui vivent là. Bien évidemment, ces personnes sont enragées mais méritent autant de respect, de considération que ceux qui viendront occuper les lieux une fois l'assainissement terminé.

Par ailleurs, il n'est pas nécessaire de prévenir les gens au sujet de ce quartier qu'il faut contourner. Sillonner ces rues ne t'expose à aucun danger si tu ne portes pas de regard méprisant. A l'instar de ce qui se passe ailleurs, seule la prudence peut être conseillée, le reste ne sera qu'insulte et mépris.

Et personnellement, il faudrait peut-être que les associations qui oeuvrent pour aider ces personnes invitent inlassablement les médias à montrer ses images au monde entier afin de jouer ce rôle de contre-pouvoir qu'on leur incombe. Car, si le poids international peut faire renverser la tendance, il est plus que temps que les autorités municipales de Vancouver traitent le mal par la racine et non en surface par un coup de maquillage.

Noémie Moukanda

N.B. : la dernière question du chapeau fera l'objet d'un article ultérieur.

Commentaires

Coucou,

Le début de ton article m'a quelque peu troublé et attristé lorsque tu écris "Seule, je ne l'aurais pas fait. Certes je suis curieuse, mais pas inconsciente pour autant. (D'accord, parfois, mais seulement lorsque je suis certaine de ne courir aucun danger!) ". Car il est clair que si tu respects les gens, tu n'auras aucun problème.

Mais après avoir fini l'article, je te remercie d'avoir rassuré tes lecteurs sur cette réalité : "Par ailleurs, il n'est pas nécessaire de prévenir les gens au sujet de ce quartier qu'il faut contourner. Sillonner ces rues ne t'expose à aucun danger si tu ne portes pas de regard méprisant."

Au plaisir de lire ton blog.
Charlotte.

Écrit par : charlotte | 28/03/2010

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